L’atelier comme lieu géographique de la métamorphose des œuvres en chimères.

Une femme nue, un drapé, un critique d'art, Gustave Courbet, « l'atelier » en 1855.

L'atelier est un condensé de l'activité créatrice. À la fois sanctuaire et refuge, c'est un lieu privilégié où s'opère a tempera, l'alchimie des matières, des formes , des couleurs. Lieu de recueil de souffrances et d'espoir, aux quatre vents de l'Histoire, il est ouvert aux amitiés critiques.

 

L'atelier de Courbet - 1855

 

Au XIIIe siècle, on le nomme scriptoria, sorte de cellule située dans les galeries des cloîtres où travaillaient les moines. Au XVe, l'atelier est organisé comme une véritable entreprise. Le peintre et les arpètes pratiquent tous les arts pour répondre aux demandes variées de la clientèle, au XVIIe siècle, il renferme de riches collections d'antiques et de tableaux. En 1615, Rubens s'installe à Anvers, dans un somptueux atelier, magnifique musée en devenir. Au début du XVIIIe, et jusqu'à la Révolution sur ordonnance royale, les peintres habitent au Louvre, parmi eux Greuze et Fragonard. Puis apparaissent les foyers d'artistes, ainsi on retrouvera dans l'atelier de David, les peintres qui fascineront le siècle prochain, Gros, Giraudet, Granet, Isabey. L'intrusion obscène au milieu du XIXe siècle de la photographie, révolutionne les regards et les mœurs. Pourtant, en 1863, la première exposition des Impressionnistes voit le jour dans l'atelier de Nadar. À la fin du XIXe, de Barbizon à Pont Aven, de Montmartre à Montparnasse, l'atelier se restructure et donne naissance à d'authentiques mouvements. Les «ismes» se bousculent, les artistes se retrouvent, s'affrontent ou serrent les rangs. Au XXe siècle, les monstres sacrés astiquent leurs ego, l'atelier se regarde en transe. Il est l'intime objet de son introspection. Matisse, Picasso, Giacometti, utilisent le motif comme réflexion à peindre. Un peu plus tard, «l'artiste» readymade au grand cœur, épouse l'œuvre d'art. Klein expose le vide en 1956 chez Iris Clert, et l'atelier implose en myriades de quêtes. Christo fait sienne, la nature au grand jour, et comme la peau d'un chat retroussée, le contenu contient le contenant.

L'atelier de Courbet, allégorie réelle, tel un nuage d'azote au dessus des musées, incite le réel à fausser la partie.

TEG © Dec. 1992

 

 

 

RHINOFAHRENHEIT — 1998
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