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Numéro 5 - Mai 2003
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| Ami, vous qui êtes de passage… Vous êtes convié à venir visiter régulièrement notre site. Vous y trouverez tous les mois de nouveaux articles sur le thème de « l’Écrit », des réflexions artistiques, des poèmes, des calligraphies et des images graphiques… |
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Sommaire
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Geste d'Encre «Je finis par trouver sacré le
désordre de mon esprit» « Aujourd'hui je me sens comme vide. Vide de pensées, vide de sentiments, vide de préoccupations. Au fur et à mesure que le temps passe, les lignes vont s'agrandir et essayer de redécouvrir l'écriture parlée. C'est incroyable le nombre de mots et phrases qui vous viennent et, avec elles, le plaisir d'écrire. Sans penser. Sans réfléchir. Ecrire tout simplement. Le temps s'écoule et, avec lui, l'encre blanche. Cette encre si difficile à manipuler se plaque contre la feuille de papier au fur et à mesure qu'on gratte le support. Il faut littéralement se plier avec elle, être esclave de la plume jusqu'à l'amadouer. Et c'est dur. Ecrire à la plume avec de l'encre blanche est difficile. » Le 12 Juin 1987, un homme qu'on dit "fou" a écrit cette lettre un lundi, pendant l'atelier Tache d'encre, au CHS Saint Jean de Dieu à Lyon. Depuis Sumer, Lascaux, l'homme écrit. Il peint, trace, colorie, signifie. L'appropriation du bison transpercé d'une flèche nous initie au mode de l'expression et par la même au monde de la communication. Si le bison n'est pas dessiné, il n'est pas tué, il n'est pas mangé, il n'est pas "civilisé", s'il n'est pas regardé, il n'est pas partagé. En écrivant, on naît au monde, c'est-à-dire à la représentation et du même coup, on accède à la conscience de vivre, c'est-à-dire à l'irruption de l'erreur. Edgard Morin écrit: " on s'est longtemps borné à admirer dans ces phénomènes -signes et graffiti- la naissance de l'art au lieu d'y lire la seconde naissance de l'homme, c'est-à-dire la naissance d'homosapiens ". Il faut être fou pour écrire. Pour nous, hommes de lettres et d'images, la folie est un autre espace d'écriture. Ici le bison est dessiné mais la flèche n'a pas nécessairement vocation à le transpercer. Nous sommes dans "le pays de nulle part". L'objet poursuit sa course (folle...), tout seul, sans autre propos que la déviance ou l'obsession. Depuis des années, Michèle Reverbel, écrivain public, redonne vie à l'écriture au quotidien "de l'île déserte au parloir", elle propose récriture - poésie, récriture - délivrance, « l'écrit brut ou la graphie d'oral, mais qu'importé les mots...» Au CHS Saint Jean de Dieu à Lyon, elle ouvre sa boîte à plumes, ses encriers et ses trésors de papier à une trentaine de passionnés, hommes et femmes, qui dans la plus grande des libertés - celle des regards complices et des gestes simples - écrivent, dessinent, créent, recopient, renversent, déchirent, s'appliquent, lient et rient. Michèle est avec eux - Simplement - Parfaitement - Proposant aux médecins et au personnel soignant de prendre la plume. Elle est là, sans projet et sans leçon comme si ses yeux, ses mains et sa boîte à malices avaient pour seul désir d'être à l'écoute. Elle fait oublier les mauvais mots, casse les règles qui ont meurtri les doigts, bouleverse les genres et brouille les écrits. Autour d'elle, les fous se donnent la parole et font couler de l'encre. Ils écrivent les textes que vous allez lire. Avec l'Ecole Nationale de
la Photographie d'Arles, nous avons proposé de
montrer la
vie de cet atelier. Pascal Bois vit d'un immense amour et d'un immense
respect. Et il supplie les gens dont il dérobe l'âme
de l'aimer. Ce voyage initiatique et anxieux est d'une beauté troublante.
Christian Tonnellier a peur du monde et il a bien raison. Il exorcise
la mort en composant des situations. Elles sont là,
intactes, immenses pour nous aider à vivre. Il passe, dérange "l'ordre" des
choses et nous offre la tentation d'aimer. Ces deux photographes
ont su manier « l’Appareil », objet
voyeur, sujet pervers- avec la discrétion qui donne aux signes
force
et pertinence. Je veux saluer et remercier Alain Gasté et Bernard
Cadoux ainsi que tout le personnel soignant qui nous ont accueilli,
supporté et sont devenu ces amis. Leur travail est ... Et Frédéric Lambert, professeur à l'Ecole Nationale
de la Photographie d'Arles qui a Xavier d'Arthuys. |
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Les premiers caractères
éthiopiens imprimés En clerc, Breidenbach note des coutumes qui sont pour lui des erreurs : la circoncision, et encore : « Ils brûlent aussi leurs enfants au fer rouge en forme de croix sur le front, d'autres sur les joues, d'autres au-dessus du nez, et plusieurs sur tous ces endroits ensemble. Ils croient, par ce genre de brûlures, être purifiés du péché originel. Comme je compatissais sur ces malheureux, parce que, en toute autre chose, ils semblent des hommes assez bons, je demandai, à l'aide d'un interprète, pourquoi ils faisaient des choses auxquelles est absolument opposée cette Église romaine à laquelle ils avaient fait obéissance récemment. Ils répondirent (j'en suis témoin véridique) qu'ils reçoivent la circoncision comme un sacrement nécessaire par révérence envers le Christ qui était lui-même circoncis. Mais ils observent les brûlures à cause de ce qui est écrit et qui fut dit par Jean-Baptiste au sujet du Christ : « il vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu. » Une autre raison est donnée dans la version française : « Pour connoître la différence entre eux et les Sarrasins, et aussi pour la différence des royaumes : et chacun royaume avoit un signe. » Le préjugé du baptême par le feu introduit par Breidenbach allait durer longtemps chez les Européens à rencontre des Éthiopiens. La version française ajoute : « Quand nous fûmes arrivés à Jaffa, le port de la Terre sainte, il en vint vers nous dedans la nave, et bien semblait par grande congratulation. Et quand ils pou-voient baiser la croix de nos vêtements, ils levoient les yeux au ciel en disant : Jésus Christus ; les larmes aux yeux, ils disaient : toi, bon chrétien, Jésus Christus. [... ] Les laïcs assistent avec zèle à la messe, particulièrement pour les solennités. Alors toutes les personnes des deux sexes commencent à jubiler en criant à haute voix, à sauter, à applaudir, en formant des cercles ici de six ou sept, là de neuf ou dix, et ils passent toute la nuit à chanter ainsi - et cela au plus haut degré dans la nuit de la résurrection du Seigneur où ils ne cessent de chanter jusqu'à ce que le jour paraisse, et nombreux le font avec une telle ardeur et dévotion qu'ils en tombent malades entre-temps. [... ] Ces Abyssins ou Indiens... ont leur propre langue et un alphabet de quarante-sept lettres dont les figures sont reproduites ci-dessous. » Suit un tableau xylographie qui fait connaître pour la première fois dans un ouvrage européen - avec quelques maladresses certes - la forme des signes éthiopiens à partir des noms qu'ils ont dans les psaumes acrostiches de la Bible. Ces noms sont divisés par syllabes ; à chacune correspond un signe syllabique éthiopien. Par exemple, le premier signe A, Alf est rendu comme Aleph et divisé ainsi : a : signe 'a ; le : signe le; phû : signe fu. Il dessine quarante-sept signes, alors que le syllabaire guèze en compte deux cent douze. Eric Godet © L’Arche éthiopienne. Art chrétien d’Éthiopie – Catalogue Paris Musée 2000 |
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| Le Dit de Tianyi Ma mère ne s'y trompait pas. Quand elle me trouvait un air absent, elle me disait souvent : « Tu te balades encore dans les nuages », et de m'inviter à descendre de mon carrosse aérien. Ce qu'elle ignorait, c'est que je n'étais pas dans un carrosse porté par des nuages : j’étais nuage. Cette identification à l'élément évanescent me faisait pressentir, une fois de plus, mon destin d'errant, en marge de tout, comme au pied de cette montagne aussi insaisissable qu'inaccessible. Je ne serais ni d'ici, ni d'ailleurs, pas même peut-être de la terre. Pensant à cela, je sentais remuer en moi un fond de tristesse. Une tristesse accentuée par l'arrachement si brutal de ma sœur, par l'idée que j'avais de mon corps aléatoire et par les perpétuelles litanies bouddhiques de ma mère, que ponctuaient les quintes de toux de mon père. Tapi dans un coin de la maison emplie des odeurs de l'encens et des potions médicales mijotées à longueur de journées, je me demandais : Vais-je quitter mes parents un jour ? Vont-ils me quitter un jour ?... Parfois, tout de même, une légèreté transparente traversait mon esprit : puisqu'il en est ainsi, me disais-je, autant saisir au passage ce que la terre peut offrir ! Pareille à cette grosse citrouille couchée là dans l'herbe, qu'il est bon de caresser du dehors et d'explorer de la main. Il n'est pas trop d'une petite vie pour fouiller ce que la terre déploie et dévoile. Oui, tout ce qui est vu et pressenti, même éphémère, semble miraculeux. Il faut sûrement faire quelque chose de cela. A ces moments d'exaltation, je sentais monter en moi une confuse allégresse, si envahissante qu'elle m'étouffait. Un jour, j'eus une soudaine révélation. Tout ce que le monde extérieur provoquait en moi, je pouvais finalement l'exprimer au moyen de quelque chose à ma portée : l'Encre. En effet, chaque matin j'étais tenu de préparer l'encre pour l'exercice de calligraphie, en tournant longuement le bâton dans la large pierre emplie d'eau jusqu'à ce que cette dernière fût d'un noir onctueux. J’en connaissais la saveur. Une fois le liquide prêt, je ne me lassais jamais de ce moment où, pour tester son épaisseur, je posais librement le pinceau pleinement imbibé sur le papier fin et translucide, lequel résorbait vite l'encre tout en se laissant « irriguer » un peu. Puis, durant de longues minutes encore, elle conservait sa fraîcheur lustrée comme pour montrer son contentement de ce que le papier, consentant et réceptif, acceptât de la savourer. Cette magie du papier qui recevait l'encre, les Anciens la comparaient à la peau d'un jeune bambou légèrement poudreuse qui reçoit des gouttes de rosée. Moi, je la comparais volontiers à la langue de quelqu'un en train de goûter un de ces fins gâteaux de farine de riz et qui sentait le morceau fondre sur elle en y laissant une saveur qui ne semblait plus vouloir disparaître. Ce jour-là, donc, plongeant mon regard dans le liquide aux reflets sans fond, légèrement irisé, je vis apparaître la vision de la montagne nuageuse que j'avais captée le matin même. Sans tarder, je me mis à dessiner, m'efforçant d'en restituer aussi bien l'aspect tangible que l'aspect évanescent. Le résultat, hélas ! ne correspondit pas, tant s'en faut, à ce que j'escomptais. Mais je fus conquis par le pouvoir magique du pinceau et de l'encre. Je pressentis que ce serait une arme pour moi. La seule peut-être que je posséderais pour me protéger de la présence écrasante du Dehors. François Cheng – Le Dit de Tianyi, (extrait) Albin Michel ed.1998. En illustration, calligraphie de François Cheng. |
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Un manuscrit de poésie grecque a été retrouvé dans une momie du IIe siècle avant notre ère. Le papyrus avait servi à rembourrer le cadavre. Selon Kathryn Gutziller, de l’Université de Cincinatti, il s’agit du plus ancien recueil de poésie de la Grèce antique qui nous soit parvenu. Il contient 112 épigrammes de Posidippus, écrits pour la dynastie pharaonique des Ptolémées, et classés par genre : présages, dédicaces, épitaphes…
d'après http://www.pourlascience.com |
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Cinéma
C’est avec une circonspection teintée d’une gêne certaine que nous attendions depuis un an déjà, cette biographie annoncée de Frida Kahlo. D’autant que le rôle titre était âprement convoité par des stars américaines telles que Madonna ou Jennifer Lopez… ce qui n’avait rien pour nous rassurer. C’est finalement Salma Hayek qui s’imposa à la production. Elle interprète une Frida Kahlo, tout en tension, crédible, comme tout le reste du film, baroque, éclatant, dans un Mexique reconstitué et bien léché. Une histoire languide parfois, torturée souvent, celle de Diego Rivera et de Frida Kahlo, dans ce Mexique du début du siècle, refuge de Léon Trotski qui y trouva amitié, amour et mort. Un pays agité par les fièvres révolutionnaires, réceptacle avoué des passions du moment et des tourments de la vieille Europe. « Ce qui étonne et émeut, chez ce couple exemplaire, exemplairement discordant, exemplairement complémentaire, c’est l’histoire qui transcende leur histoire, qui exalte leur passion et les métamorphose en héros. » nous dit J. M. G. Le Clézio le plus mexicain de nos écrivains français (1). À la Casa Azul, le drame se joue en permanence entre les artistes. Diego dévore l’art et la vie, son art et sa vie, à pleine bouche, comme une figure de Goya. Frida, elle, atteinte de poliomyélite à l’age de six ans, puis brisée en deux, à la colonne vertébrale, à la suite d’un accident de tramway, puis rongée par la gangrène, joue sa peau en représentation. Au théâtre de la vie, les artistes crient victoire. Frida peint, exorcise ses démons, dans des œuvres au quotidien, comme l’on pèle les oignons, en pleurs, pelures après pelures. Réquisitoire sauvage et désespéré, par peinture interposée, d’une vie en mal d’amour. Tu appelles alors, Frida, les manes de Vincent et de tous les mangeurs de couleurs.
La « colombe et l’éléphant » (2), pris au piège de la tentation solaire, de l’union mystique et dévastatrice des chatoyants destins, croient alors à la collusion de Marx et de Vénus. Cadavre exquis que n’eût certainement pas désavoué Breton (3). Cette pratique hallucinatoire pour l’égérie de Diego Rivera, de la peinture, du supplice, de l’approche de l’abîme, est a considérer, certainement, comme l’ultime et peut-être même la seule, expérimentation vraie du surréalisme, de Tzara à Artaud en passant par Kahlo. Les puristes, pour en revenir au film, trouveront à redire sur certains détails biographiques, certes. Et on eut aimé, ô combien, que le personnage de Tina Modotti (1896-1942) trouvât dans cette œuvre cinématographique une meilleure adaptation (4). Néanmoins l’ouvrage dans son ensemble sonne juste, images et musiques (5), emplies de cette vigueur que l’on attendait, servies par des comédiens sincères et «ressemblants», nous atteint au cœur. -Le cœur- cet organe palpitant, symbole de vie, arraché par le couteau sacré de Tezcatlipoca, le dieu aztèque de la guerre et du sacrifice, identifié dans les anciens codex mexicains par son pied-moignon… Quel pacte, imaginons-nous, unissait donc Frida à Tezcatlipoca ? Comme une déesse mexicaine, Frida nous jette alors à la face nos masques épouvantés devant un tel supplice. Conjuration par la peinture pour assouvir sa destinée. Un film (6) dont on ne ressort pas indemne. Heureusement. La réussite de celui-ci passait par ce sentier là. Thierry E Garnier / Graphos © mai 03. (1) Voir la préface de J. M. G. Le Clézio,
dans Diego Rivera – Frida Kahlo, Fondation Pierre Gianadda
ed.1998, et bien sûr Diego et Frida, du même auteur,
Gallimard ed.1993. (5) «Frida». La superbe musique du film a été composée par Elliot Goldenthal, - CD Universal DG. (6) Ce film, encore pour quelques jours dans
vos cinémas, si pauvrement distribué dans les salles
de province, la plupart du temps en version américaine
(!) sous-titrée, a reçu deux Oscars et un Golden
Globe. |
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