le mensuel des Lettres et des Symboles

Numéro 6 - Juin 2003

N°5 N°7

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Vous y trouverez tous les mois de nouveaux articles sur le thème de « la Tradition », des articles inédits, des poèmes, des études historiques, des manuscrits et des symboles graphiques…  

 

Sommaire




Éditorial

« Lorsqu’ils veulent indiquer un cœur, ils peignent un ibis, animal qui est consacré à Mercure, le régulateur du cœur et de la raison, car l’ibis par lui-même est en grande partie semblable à un cœur. »

Les aspects initiatiques et cosmiques annoncés en ce printemps efflorescent furent intenses et pour ainsi dire palpables.

Au septième jour (7) de mai (5), passé la Nouvelle Lune, la conjonction heptannuelle (7) entre Thot et Rà dura cinq (5) heures. Et en ce (mercredi) (7) mai (5) donc, jour traditionnellement dévolu au Messager des Dieux, cette conjonction soli-mercurielle fut suivie d’une éclipse de Lune qui légitima à peu de frais l’épuration des matras. Cette captation ésotérique des éléments éthériques permit à ceux qui surent l’apprécier, en cette veillée de Vaisakh, de prendre en filature les recherches hermétiques affectées au scribe-cynocéphale. (a)

Et plane au firmament l’Aigle de Lune au-dessus du Sanctuaire.

Délivrant par-dessus l’Espace et bien au-delà du Temps, son message d’abondance. Comme un pont entre deux rives, un lien ténu et pourtant si mémoriel. Une image d’antan ou un pacte sacré, en quelque sorte le rire d’un enfant s’énamourant d’Esprit solaire. Epi d’Or consacré à la mode des Initiés d’Occident. Echo essoufflé de nos consciences incertaines retrouvant l’Arcadie de Bergers bien silencieux.

Rires et sourires encore. Flûte de Pan, libations accoutumées entre luxe, calme et volupté.

Les Bergers d’Arcadie. Juin 2003 ©

(a) Cette cavalcade planétaire en ce mois de mai vient de se terminer par une éclipse circulaire de soleil, ce 31 mai 2003 à 04h 09 UTC. Voir pour informations scientifiques le site www.cieletespace.fr

Sommaire




La Pleine Lune du Vaisakh


La volonté chevauchant le taureau
 
Afin de rendre les principes spirituels abstraits plus compréhensibles, les anciens sages ont représenté les différents aspects de la sagesse au moyen d'images ou alors comme des personnages en action. L'action des réalités spirituelles est ainsi illustrée par des allégories et des histoires. Sans la clé de la sagesse nous ne voyons cependant que les personnifications imagées, la vérité profonde se perd. La sagesse orientale représente par exemple Lord Shiva chevauchant le taureau Nandi. Le signe du taureau représente en tant que signe de terre l'univers matériel, qui est considéré comme le quatrième état de la parole de Dieu. Dans la lumière d'une compréhension plus élevée, nous reconnaissons que la représentation de Lord Shiva sur le taureau décrit symboliquement comment l'aspect divin de volonté chevauche la parole en tant que porteur et qu'il entre en manifestation par le signe du taureau. Les nouvelles impulsions de l'énergie de volonté libérées en bélier descendent dans le taureau et fécondent la vie. Le soleil dans le signe du taureau est donc vénéré comme taureau fécondant de sa semence la mère terre et apportant la lumière de l'inspiration dans la matière.
 
Du point de vue astrologique, la partie des sourcils jusqu'à la gorge est chez l'être humain attribuée au signe du taureau ainsi que la langue et la parole. Le type moyen du taureau trouve plaisir dans une nourriture abondante et choisie et a un sens pour l'harmonie, le rythme et la couleur. Ceci montre Vénus en tant que gouvernante mondaine du taureau. Elle cause le développement du son en tant que voix et musique. En Orient on appelle le centre de la parole chez l'homme "le taureau", car l'idée transmise au cours de la conversation féconde l'auditeur. Les paroles continuelles et insignifiantes ne causent par contre qu'une perte d'énergie. Lorsque nous parlons de manière critique, en jugeant, en parlant de manière négative, nous blessons les autres et nuisons à nous-mêmes. Les problèmes de la gorge proviennent d'un mauvais usage de notre parler et de nos actes. Tous les enseignements de la sagesse insistent sur le fait que sur la voie spirituelle, nous devons régulariser nos paroles et améliorer la qualité de notre langage. L'initiation de l'humanité se produit par le centre de la gorge et on dit symboliquement que dans le signe du taureau, la langue doit être arrachée pour devenir calme.
 
Par l'expression de sons sacrés et de mantras, le langage est peu à peu purifié et notre voix réorganisée. Nettoyer régulièrement la bouche et aussi la langue nous aide à acquérir une sensation des énergies subtiles. C'est une action de bonne volonté importante que de neutraliser les sentiments et pensées négatifs grâce à une manière juste d'utiliser la parole, nous portons en cela une grande responsabilité. Ce ne sont pas les arguments et les discussions qui peuvent le faire; cela requiert du temps et beaucoup de patience, d'amour et de compassion.
 
Le taureau qui beugle

Le signe du taureau est appellé "Rishaba" en sanscrit, le grand taureau. Il est personnifié par la son de la syllabe "R" qui féconde la conscience lorsqu'il est produit par les cordes vocales. Entre le 11 ième et le 24 ième degré du signe du taureau se trouve une étoile brillante claire qui appartient aux Pléiades et qui est également appelée l'oeil du taureau.En Occident elle s'appelle Aldebaran et dans le système védique "Rohini". Rohini signfie "ce qui beugle"; cela désigne la naissance de l'énergie de volonté par laquelle la lumière, l'amour et la volonté descendent dans notre système.
 
Dans la symbolique védique le beuglement du taureau cosmique est également représenté comme un rayon de lumière qui entre par Rohini et est reçu par l'âme de cette planète, appelée aussi Le Seigneur du Monde ou Sanat Kumara. Nous aussi nous ne sommes par notre être rien d'autre que des rayons de lumière, émanations de la volonté divine, descendus sous formes corporelles. Nous devrions, en partant de la volonté qui est en nous développer une direction dans notre vie. Nous reconnaissons la direction si nous ne courons pas après notre ombre, la personnalité. "Si nous courons après notre propre ombre, nous n'avons pas de direction", dit Pythagore. Cela signifie que nous n'atteignons pas la lumière et que nous ne pouvons pas suivre le plan intérieur, aussi longtemps que nous remplissons nos besoins personnels. Lorsque nous nous mettons sur le chemin et que nous travaillons dans un domaine de service, le taureau est attelé et une responsabilité lui est transmise. Il peut effectuer un travail considérable lorsqu' il travaille avec toute son énergie dans la direction juste.
 
Le taureau et la licorne
 
Nous devrions, pendant la période de la pleine lune du taureau nous y ajuster, afin de recevoir une dose fraîche d'énergie de volonté pour le travail de bonne volonté, comme le font les initiés, de manière à nous joindre au plan de l'année. Car ceux qui nous guident sont menés par d'autres dans les cercles élevés. Il existe ainsi un pont du plus haut jusqu'au mortel. Les énergies cosmiques de la volonté viennent de l'oeil du taureau, sont reflétées par la lune et reçues de manière affaiblie. Au moment de la pleine lune elle se trouve dans la constellation Vaisakha. C'est pour cela que la pleine lune du taureau est également dénommée pleine lune de Vaisakh ou de Vésak. Elle est depuis des temps innombrables, fêtée dans l'Himalaya comme fête de Vaisakh, depuis Gautama Bouddha, également comme la fête de son illumination.
 
L'oeil du taureau correspond chez l'homme au troisième oeil sur le front, le point entre les deux "cornes du taureau". Les deux cornes du symbole du taureau, qui se rejoignent, représentent la faucille de la lune qui reçoit, elles sont les énergies allant en nous dans deux directions, connues sous le nom de Ida et Pingala. L'énergie de Pingala est le mouvement en nous de l'énergie orientée vers le haut, qui conduit du matériel au subtil et l'énergie de Ida est le mouvement dirigé vers le bas, du subtil au dense. L'oeil droit représente l'énergie de Pingala, l'oeil droit l'énergie de Ida; le troisième oeil est la source et la rencontre des deux. Le but d'une pratique spirituelle est d'apporter l'équilibre entre le matériel et le spirituel en nous. Symboliquement le taureau à deux cornes devient alors licorne.
 
Nous pouvons méditer sur le symbole de la licorne an tant que colonne de lumière, particulièrement dans le mois du taureau, afin que notre travail devienne de plus en plus fixé sur un but et plus efficace. Nous contemplons alors la corne comme colonne de lumière, partant du coeur jusqu'au troisième oeil et au delà, s'élevant dans les cercles supérieurs. La pleine lune de taureau est le point culminant de la contemplation. Lorsque nous avons développé cette vision, nous sommes en mesure de sortir par la corne de la licorne et de voir de l'autre côté notre propre corps physique et par là de reconnaître que nous ne sommes pas notre corps mais en réalité une essence de lumière et que nous vivons dans ce corps.
 
 
Participer à la fête de Vaisakh
 
Nous pouvons vivre le spectacle de la pleine lune de Vaisakh dans la vallée de Vaisakh avec le corps de lumière. Nous pouvons parfois y participer lorsque nous sommes temporairement éclairés dans ce but: c'est une réunion de maîtres qui forment le gouvernement intérieur du monde. Le jour de la pleine lune du taureau, Sanat Kumara libère l'impulsion d'énergie pour l'année et la donne à la hiérarchie spirituelle afin qu'elle la transforme grâce à ses collaborateurs et la distribue à l'humanité lors de la pleine lune des gémeaux. Les énergies provenant de Shamballa sont dirigées vers la vallée de Vaisakh à travers les Buddhas-Dhyani par Gautama Buddha, là ou l'instructeur du monde et son groupe d'initiés les reçoivent. Les disciples mondiaux y participent pour faire l'expérience de l'énergie et la répartir, de sorte qu'elles soient reçues par tous ceux qui cherchent sérieusement.
 
Nous devrions pendant tout le mois essayer de rester dans cet état de conscience, de l'apporter dans notre travail et par là manifester l'énergie dans notre entourage. Le procédé entier sert à apporter l'illumination dans le monde matériel pour le bien de la planète et de tous les êtres qui y vivent.

Circle of Good Will // www.good-will.ch
   
Sources:
K.P. Kumar: Herkules: Der Mensch und das Symbol / div. Notices de séminaires -
E. Krishnamacharya: Astrologie Spirituelle. The World Teacher Trust -
Dhanishta, Visakhapatnam, India ( Site URL allemande : www.kulapati.de ) -
A. A. Bailey : Astrologie Ésotérique, Lucis-Trust, Genève. ( www.netnews.org / www.lucistrust.org ).

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La Symbolique de la Table Ronde
dans la Légende Arthurienne


Dans cette affaire, il s'agit bien d'une cosmogonie de la terre et du ciel. Les royaumes d'Uther et d'Arthur sont des terres sacrées. Une étoile très brillante apparut d'abord dans le ciel Breton puis à partir de son centre ses rayons lumineux s'agrandirent et formèrent la silhouette d'un dragon. De sa tête jaillit une immense flamme qui couvrit une grande partie du ciel de Grande-Bretagne. Les flammes projetées de la tête du dragon, signifient que son fils surpassera par sa gloire tous les monarques et que son royaume sera parmi les plus grands du monde.

Ainsi était annoncé par Merlin à Uther Pendragon, la venue du Roi Arthur.

Sa racine « Art » signifie « Ours », évoquant un royaume du froid hyperboréen. A partir de ce jour là, où apparut un signe dans le ciel, Uther prit le nom de Pendragon, « Tête de dragon » qu'il choisit pour emblème. Le Royaume du milieu = 5 = Pen. - (Dans le carré de Saturne : 10 chiffre sacré + 5. chiffre du centre = 15 chiffre du démon représenté par le dragon ... Entre Uther Pendragon et Arthur, feu et froid trouvent leurs complémentarités. De ce centre... puisque tous les centres d’apparences territoriales conduisent à un centre suprême du pouvoir, du supérieur, du monde, voir de 1’univers ... la terre d'Uther et d'Arthur, possède donc un axe d'équilibre qui y conduit.

Cet axe du monde qui passe par le centre du Royaume et en commande la fonction, est représenté par l'épée Excalibur qui traverse la Terre du Soi, que gardent en dernier ressort, les Dames du Lac du Lac (dans le contexte des traditions de la création) au fond de l’élément liquide primordial.

Sorti d'une enclume (minerai de la terre) Arthur, après l'échec de son royaume et de sa Chevalerie, blessé à mort par Mordred, fera jeter l’épée Excalibur au fond d’un lac, pour que les Dames du Lac la reprennent.

Avant de poursuivre sur la Table Ronde, il est nécessaire en quelques lignes de rappeler qui est Arthur, et d'où vient ce nom. En dehors de sa racine étymologique "art", il faut dépasser les clivages anthropologiques pour se convaincre que ce nom mythique remonte à des traditions millénaires et à des situations oubliées. Nous savons qu'après plusieurs périodes de glaciation de notre planète, sous le réchauffement de certaines régions en même temps qu'une nouvelle faune mieux adaptée dans les massifs rocheux et forestiers, un animal impressionnant, l'ours, toujours dénommé, art, par les peuples nordiques fait son apparition.

Un véritable rapport de force s'instaure entre l'animal le plus fort, "l'ours" et le chasseur du néolithique. Son aptitude à se dresser; sa puissance et ce qu'il représente dans le paysage saisonnier, attira le respect des peuplades qui lui attribuèrent un culte particulier. On a retrouvé dans la grotte "Chauvet" en Ardèche un crâne d'ours déposé volontairement sur une sorte de piédestal naturel. Son apparition au printemps engendra l'observation des saisons et la persistance du temps. S'ensuivit la notion de richesse, de fécondité puis d’éternité. Avec le déroulement régulier des saisons, cet équilibre servit d'union et de régénération aboutissant à une fête qui lui était consacrée.

D'adversaire redoutable, l'ours devint le symbole de l'âme des ancêtres des tribus qui s'étaient mesurées à lui. Ces manifestations précèdent celles de la déesse celtique Brigit liée à ce culte archaïque de l'ours qui marquait, dans la préhistoire, le passage du temps comme une horloge bio-cosmique.

Tels furent les premiers repères et les directions de notre société avide de temps et d'espace autant que de spiritualité avec le ciel.

Avec l'antiquité, l'ours finira positionné par les dieux dans la voûte céleste.

Toujours dans l'esprit d'un centre hyperboréen, l'axe de la terre pointe vers Delta de la petite Ourse, le Chariot d'Arthur, traîné par sept boeufs (Septentrion). Et le pôle ne l’oublions pas est le point où pénètrent les forces cosmiques du soleil dans notre terre. L’étoile "Arthus" est proche de ce point du ciel qui est fixe et marque le nord, (l'étoile polaire).

Artus, Artour, Arthus, atteste bien une persistance d'une tradition de souveraineté et de continuité qui remonte à la nuit des temps. Une première monarchie de la tribu des purs qui découvrait la primordialité d'une fonction d'équilibre entre les biens de la terre et l'aspiration du sacré. A travers la mort d'Arthur, du moins dans notre monde, le troisième millénaire et la tradition des ours, la Légende Arthurienne, ne prend-elle pas aussi une dimension cosmique comme le laisse présager la Table Ronde. Restaurée par Merlin pour la quête du Graal et la postérité ainsi promise pour le royaume, la Table Ronde sera restituée après quelque temps d'oubli.

Le jeune Arthur retrouvera la légitimité par la célèbre mise à l'épreuve consistant à retirer l'épée fichée à sa gaine minérale. Endormie en quelque sorte dans la matière, une mise à l'abri dans la pierre ou un métal, représentée par une enclume. Après une période de conflits que devra surmonter le Roi face à ses vassaux rebelles, la Table Ronde où siège le fleuron de la Chevalerie, fut transportée sur les conseils de l'astucieux Merlin, de Tintagel où fût conçu Arthur, d'Ygern et Uther Pendragon, au château du Roi Arthur à Camelot, (Camaa-loth), sa capitale dirions-nous aujourd'hui. Le Royaume d'Arthur préconise dans son ambition, une société parfaite, réminiscence d'un Age d'or oublié? Elle tente, pour affronter le monde, de réunir le traditionalisme des individus aux abstractions relationnelles et métaphysiques des espaces.

La Chevalerie d'Arthur, la première au monde, sera au contact de la création, de la morale et du Divin, en oubliant que la royauté, même supérieure, est d'abord elle-même déjà un mythe. On sait ce qu'il en adviendra avec la fin de la Chevalerie, la mort d'Arthur, sa dormition pour les Gallois, l'épée magique Excalibur reprise par la Dame du lac pendant son sommeil et sa guérison en Avalon sous la surveillance de la fée Morgane. Malgré, sa prédestination fatale, on entrevoit aisément, après Wace et son roman de Brut et les premiers romans purement Arthuriens de Chrétien de Troyes, ce que deviendra cette "Table Ronde" elle-même entourée de multiples symboles.

La Légende, remaniée par des écrivains romanesques du Xlle au XlVe siècle, et l'audiovisuel de nos jours, la voit livrer à diverses implications qui tentent de se l'approprier. Pourtant à cause de sa forme: "Eternel recommencement", elle s'intègre parfaitement dans le règne cyclique d'Arthur. Il est dit que la Table Ronde, comme le monde, "Tournoie". Elle se présente à nous comme un Zodiaque à l'échelle humaine, où chaque chevalier a sa place stellaire et cosmique. Elle se comporte différemment suivant les personnalités complémentaires entre elles comme un cercle de planètes, d'étoiles ou de signes destiné à marquer dans leurs agissements, l'unité et l'ordre aussi bien sur "Terre" que dans le "Ciel".

La quête du Saint Graal où vont s'élancer les Chevaliers de la Table Ronde, ces guerriers, véritables héros de l'absolu, à la recherche du merveilleux et mystérieux objet, est faite pour nous le rappeler. Dans sa corrélation avec la "Rose", la Table Ronde dans le dépassement permanent des forces vitales et des prouesses chevalières, permet la transcendance de l'action salvatrice dans le désir de s'épanouir pour la recherche du Graal. La Table Ronde Arthurienne (et Graalienne tout à la fois dans sa démarche), participe à trois tables : la rectangulaire; une seconde, carrée, losangée ou plus exactement hexagonale; enfin la troisième table, ronde avec son cercle.

Georges A. D. Martin – texte inédit / Arcadia © Juin 2003.

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Le Secret de Montsegur

Le 6 mars 1932, les lecteurs ariégeois de « La Dépêche » étaient intrigués par un article de D. Lamothe au titre accrocheur : « Est-ce une nouvelle ruée vers l’or ? » Sous la conduite d’un allemand une troupe de « Polaires » se livrent à des fouilles dans la région de Massat. (1)

On peut dater de cette époque l’engouement extraordinaire du grand public pour le pays cathare et pour Montségur en particulier, symbole de la résistance des Parfaits, contre l’envahisseur français. Il fallut, en effet, près d’une année à l’armée du bon roi saint Louis, à Hugues des Arcis et aux inquisiteurs dominicains pour venir à bout le 16 mars 1244, de deux cent quinze cathares, qui assuraient la défense du lieu. S’il est un secret bien gardé et ce, depuis plus de sept cents ans, c’est bien celui de Montségur. Enigmatique château de ces Pyrénées ariégeoises perché entre ceps et nuages, sur un « pog », vaste plateau calcaire entouré de falaises abruptes de plus de cent mètres de haut.

Nous avons reçu au mois de septembre dernier, de monsieur Daniel Campergue (2), un ouvrage d’une rare érudition que nous qualifierons -d’exceptionnel- et nous pesons nos mots, puisque le secret de Montségur y est dévoilé, parfaitement, rien de moins. Ce document qui se présente sous la forme d’un tapuscrit de 143 pages (3) nous propose une étude à nulle autre pareille, encore jamais formulée de cette manière. Ce travail de chercheur passionné, éblouissant de connaissances scientifiques, de connaissances mathématiques et physiques, mais aussi astronomiques et architecturales, nous propose de le suivre dans sa démonstration, accompagné qu’il fut lui-même par un aréopage d’exception, de scientifiques et de spécialistes en tout genre, qui vinrent tour à tour l’épauler de tout leur savoir, dans ses études, pour confirmer et vérifier sa thèse. (4) Ce qui fait de cette étude non seulement un document incontournable pour tout chercheur s’intéressant à Montségur, mais encore un chef d’œuvre, nous le pensons.

Nous avons donc le plaisir, aujourd’hui, d’évoquer cet ouvrage, le solstice d’été approchant (5) en ce mois de juin - tout initié se devant d’avoir vu au moins une fois dans sa vie ce phénomène solaire s’activer à Montségur. Ce jour là, précisément, dans le donjon du château, le premier rayon de soleil à l’horizon vient transpercer et traverser les archères avec une précision millimétrique. (6) Toute la thèse de Daniel Campergue repose sur l’étude du phénomène solaire à cette heure-ci de l’année, qui lui permet à travers des calculs particulièrement savants, incontournables, d’apporter la preuve scientifique que le château de Montségur a bien été construit selon une orientation solaire cardinale prédéterminée, parfaite et rigoureuse, que connaissaient les bâtisseurs d’alors. Le point fort de l’exceptionnel travail de monsieur Daniel Campergue est d’avoir réussi à connecter et à superposer dans son étude, le plan masse du château de Montségur avec le graphique d’une carte à Rumbs (7). Ces modèles de cartes, les premières répertoriées datent de 1300 (8), elles servaient jadis à la navigation, ce sont les fameux portulans. Cette étude permet de retrouver non seulement tous les axes majeurs parfaitement orientés par rapport au château, mais aussi tous les angles de 11,25 ° représentatifs de la carte à Rumbs. Devant un travail aussi important, après tout la solution est tellement simple qu’il suffisait de l’énoncer, et aussi fondamental, on s’étonne du peu d’intérêt que suscite cette découverte majeure pour l’histoire de Montségur, auprès des médiévistes, des archéologues, des astronomes, (il est somme toute curieux que l’application d’une carte à Rumbs dont la fonction était l’orientation en mer, ait pu servir à l’édification d’un château…), des chercheurs et des amoureux du pays cathare.

Nous ne pouvons que regretter cependant, et cela ne plaide pas en faveur de l’auteur, du peu de considération faite au lecteur, profane ou averti, devant les démonstrations arithmétiques, algorithmiques, astronomiques et autres…, qui ajoutées à un nombre impressionnant de graphiques, tableaux, schémas et statistiques, constituent près de quatre vingt quinze pour cent du document proposé et qui empêchent toute lecture quelle qu’elle soit. Il n’est certes pas à la portée du premier venu de pouvoir décoder, sans broncher, les polynômes de Tchebycheff, (eh oui il y a aussi des « initiés » chez les mathématiciens !) ou l’application de la formule permettant le « calcul du temps sidéral et du temps moyen à Montségur. »

En réalité plus qu’un regret que nous exprimons, c’est une faute que nous constatons. Et finalement on comprend mieux pourquoi cette étude si importante est en train de passer inaperçue aux yeux de tous. (9)

Reste heureusement, un dessin simple, très simple, suffisant, que nous présentons, ici et maintenant, aux lecteurs de « la Lettre de Thot », explicite en soi et c’est bien là l’essentiel. Une exceptionnelle démonstration mathématique et graphique qui perce à jour, tel un rayon de soleil levant au solstice d’été, le Secret de Montségur, écho figé dans les cendres de nos mémoires, chant sacré des gentils bonshommes, au moment où s’envolent à l’horizon des terres ancestrales un ultime vol de gerfauts.

Mais chut ! Il n’y a rien de cathare ici … Pas même un château…

Il y a un secret pourtant, le Secret de Montségur, révélé par monsieur Daniel Campergue.

Les Bergers d’Arcadie © « La lettre de Thot » No 6, juin 2003. DR.

(1) Christian Bernadac, Le Mystère Otto Rahn, FE ed. 1978.
Les travaux de fouilles proprement dits débutèrent officiellement en 1947. (NdLR)

(2) Monsieur Daniel Campergue est mathématicien et physicien, Maitre de conférences à l’Université de Perpignan et spécialiste en architecture médiévale.

(3) En vente chez l’auteur - Campergue Daniel, 12 rue de la Corvette, 66 140 Canet en Roussillon. (daniel.campergue@wanadoo.fr)

(4) Ont aidé ou participé à l’élaboration de cette publication :
- M. JP Augot et M. L Bayrou, architectes des bâtiments de France.
- M. B Banyuls, architecte urbaniste à Perpignan, Pdt de l’association d’astronomie Terre-Univers.
- M JP Baruseau, Professeur à l’université de Perpignan, laboratoire de sédimentologie marine (CEFREM)
- M P Bretagnon, astronome et M F Colas, chargé de recherche, au Bureau des Longitudes.
- M A Czeski, responsable des fouilles et M M Sabatier, Pdt du GRAME (Groupe de recherche archéologique de Montségur et des environs.)
- M C Descamps, maître de conférences à l’université de Perpignan et Pdt de l’ARESMAR et M M Salvat, technicien des fouilles et membre du bureau.
- M P Garnier, ancien guide au château de Montségur.
- Des étudiants de l’IUP, de génie des systèmes industriels.
- M JC Ruatta, ingénieur, géomètre, topographe.

(5) 21 juin 2003, 19h 11. UTC.

(6) Voir les photographies en illustration de notre article © Arcadia.
Ainsi que l’article consacré à Montségur dans le Numéro Spécial Arcadia, juillet 2002.

(7) Voir l’illustration en tête d’article. Daniel Campergue ©. La justesse de la superposition de ces deux graphiques est, à quelques degrés près, (mais cela est insignifiant pour une construction de cette époque, surtout sur un terrain aussi accidenté que le «pog» de Montségur) tout à fait parfaite.

(8) Cette date est importante pour Daniel Campergue, puisqu’elle lui permet de laisser entendre que, si il y a bien construction avec orientation solsticiale - la date de 1300 si l’on se réfère aux plus anciens portulans connus étant postérieure à l’épopée cathare - le château de Montségur, tel qu’il se présente aujourd’hui, ne peut être cathare. Curieuse démonstration en réalité, de la part d’un scientifique, très largement entachée de partialité, nous le regrettons, et nous nous expliquons.
En effet, cette analyse, posée comme telle, apporte beaucoup plus de contradictions à l’auteur qu’elle ne résout de problèmes. Tout d’abord les spécialistes ne sont pas d’accord entre eux quant à la date exacte de reconstruction du château, avant ou après 1300. Mais laissons cela. Plus grave, de façon irréfutable, l’auteur dans son ouvrage fait la démonstration que le «château» de Montségur n’a rien d’une construction fortifiée au sens médiéval du terme, statistiques à l’appui.
Il faudra donc que l’on nous explique, si ce château n’est pas cathare et n’a rien de cathare au sens ésotérique du terme (ce qui n’a rien de péjoratif pour nous), pour qu’elles raisons, disons nous, les envahisseurs français reconstruisirent un «château» :
1 / Parfaitement orienté à l’horizon.
2/ Selon des normes spatiales à peine connues pour l’époque, et dont on ne trouve pas d’équivalent nulle part.
3/ Sans fortifications adaptées et traditionnelles selon les lois architecturales et défensives en vigueur en ces temps, alors que la construction d’un château, tout au moins pour l’époque, et compte tenu du contexte belliciste, est quand même supervisée, pour le moins, par des militaires.
On le voit la tâche ne sera pas mince à l’auteur, pour expliquer ses contradictions. Il eût peut-être été plus simple d’envisager que ce château a bien été construit, ou reconstruit à l’identique, selon des connaissances connues par des cercles d’initiés cathares, rappelons pour mémoire l’importance stratégique des cours d’Occitanie à l’époque et notamment celles des Comtes de Toulouse et l’accointance qu’ils avaient, par mariages interposés notamment, avec le monde musulman d’alors, détenteur d’une très grande partie des connaissances physiques, mathématiques, astronomiques et maritimes, dans cette partie du monde. Ce qui expliquerait bien des choses…

(9) Nous notons par ailleurs, et c’est dommage, que ne soient pas cités dans cet ouvrage les noms de Xavier Guichard et de Pascal François Joseph Gosselin (1792-1859). Le premier reprit dans les années 1930 les études de Gosselin, géographe français. Tous deux avec l’aide de la toponymie, conçurent et adaptèrent des cartes terrestres basées sur les principes de la carte à Rumbs.

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Qui est le CROCODILE : Lucifer ou Satan ?

 

Le Crocodile et son Cours scientifique

Or, c'est bien cette entreprise spécifiquement ahrimanienne qui est le fond de l'intrigue du « Crocodile » et lui-même en fait le récit dans son Cours scientifique, morceau capital du livre, où l'on voit ce génie du mal se livrer aux parisiens avec complaisance.

Certes, il faut le lire cum grano salis ; d'ailleurs l'auteur a soin d'avertir 1' « Ami lecteur » qu'il va être soumis à une épreuve du genre de celle que le Sphinx par ses énigmes posait à Œdipe, sur le chemin de la destinée :

« Ce qu'il (le crocodile) dit là est ou un mensonge ou un grand mystère... »
« Si vous êtes instruit dans les sciences profondes de la vérité et dans les vaines sciences des écoles, il vous sera facile... de rectifier ce qu'il dira de faux. » (p. 56)

Nous voilà donc prévenus que le Crocodile, en faisant étalage de son passé (qui n'est autre que l'origine de la matière et la formation de ce qu'on appelait du temps de Saint-Martin le « système du monde »), va laisser échapper des vérités de première grandeur, bien que falsifiées, et que seuls s'y retrouveront ceux qui seront capables de les reconnaître au passage, tout en les recoupant par les faits scientifiquement contrôlés. Rien de mieux pour indiquer dans quel esprit ce cours doit être entendu. Malgré la forme badine qu'il revêt, cet appel à la faculté de discerner entre le vrai et le faux, préalablement brouillés, résonne comme l'écho des avertissements solennels adressés au candidat avant l'épreuve pour qu'il découvre le diamant de vérité dans la poignée des pierres fausses.

Cet appel, on le retrouve dans le livre chaque fois que l'auteur va dévoiler une parcelle de l'enseignement ésotérique qu'il veut transmettre.

Les sciences mutilées

Voici par exemple le Crocodile décrivant la députation des Sciences, qui, à l’aube des temps modernes (disons au tournant des XIVe-XVe siècles), vinrent se présenter à lui, tout équipées, pour franchir son seuil. Elles avaient beau prendre la suite des Arts libéraux, le nouveau mode de pensée leur imposait ce pacte avec Ahriman-Crocodile.

Voyons les malheureuses abandonner l'une après l'autre leur essence spirituelle, leur principe divin. Elles n'entreront que mutilées dans le champ des connaissances modernes ; elles ne mettront plus les hommes en rapport avec la vérité totale, mais avec des « brisures », des faits tronqués ou artificiels. Le Crocodile leur laissera l'écorce et prendra la graine. Il arrache à chaque science son âme et son esprit pour ne lui laisser que ce qui pourra servir l'œuvre de matérialisation des connaissances. Le lecteur retire de cette scène une bonne leçon de discernement pour ce qui constitue l'essence véritable des sciences et des arts, leur rôle, leur histoire, et ce qu'il en reste dans nos Facultés.

A l'ère d'Ahriman, la Physique, perdant le pourquoi, ne s'occupera plus que du comment. La Chimie ne pourra plus décomposer ou recomposer qu'en apparence. L'Astronomie gardera le tracé extérieur des astres, mais perdra le pivot central du système. La Botanique pourra encore classer les caractères extérieurs des plantes mais non plus leurs éléments constituants. La Médecine ne soignera plus avec des substances pures mais au moyen de produits de remplacement. La Musique se voit imposer des restrictions mystérieuses sur ses rapports avec le son véritable pour ne garder qu'un caractère descriptif. Devant la Grammaire, le Crocodile fait un aveu d'une humilité surprenante : « Le vrai secret qui la concerne... appartient à un autre souverain que moi... » ; et ce même pouvoir du Logos auquel il est ainsi fait allusion donne à la Poésie toute licence pour puiser ses modèles « dans les archives de la Grammaire ». La Peinture, pourra décrire tout ce qu'elle voudra, mais n'entrera pas dans la Vie pure de la couleur et il en sera de même pour la Musique à l'égard du son. Finalement à l'Histoire sera laissé « le jeu des marionnettes », mais elle ne devra rien dire des fils « qui les font mouvoir », car ces fils, le Crocodile s'en réserve la manœuvre.

D’Orient en Occident

Vient ensuite dans ce même cours scientifique, une ahurissante histoire du genre humain qui fournit à son tour preuve sur preuve que le Crocodile jusque dans les moindres détails a bel et bien suivi la voie historique de l'influence ahrimanienne. A mesure que cette voie conduit les civilisations de l'Orient vers l'Occident, elle fait passer les hommes de l'emprise luciférienne à celle d'Ahriman. Apprécions des traits d'une étonnante justesse dans cette perspective : les rapports du Crocodile avec l'Asie, notamment avec la Chine et la doctrine de Fo ont une similitude frappante avec ceux que, depuis le début des civilisations post-atlantéennes, Ahriman a pu entretenir avec les pays soumis à l'influence luciférienne. On sait que Fo est le nom chinois du Bouddha. L'usage qu'on fait en Asie de sa doctrine dénote l'attrait luciférien qui détache l'homme de la terre. Le Crocodile se saisit habilement de tout ce qui, sur terre, est ainsi laissé à l'abandon. Toutes les manœuvres auxquelles il déclare se livrer, à la faveur des doctrines de Fo, deviennent claires lorsqu'on y retrouve la ruse d'Ahriman préparant son règne.

« Ahriman et Lucifer collaborent toujours, mais ils n'ont pas ensemble la haute main sur la conscience des hommes. Ce fut une' culture fortement luciférienne que celle qui régna en Chine au cours du troisième millénaire précédant l'ère chrétienne. Il en surgit toutes sortes d'influences dont l'action se prolongea jusque dans les premiers siècles chrétiens et même en certains cas jusqu'à notre époque ». — « Mais, poursuit Rudolf Steiner, depuis qu'Ahriman est au premier plan, ce qui se prépare, c'est son incarnation au cours du troisième millénaire après J.-C. Si bien, que les traces des actions de Lucifer s'effacent maintenant devant les préparatifs d'Ahriman pour son intervention à venir. On pourrait dire qu'Ahriman a conclu avec Lucifer un traité... » (1).

De quel genre est ce traité, - on l'a vu plus haut.

On peut se demander avec surprise quelle intuition a porté Saint-Martin à découvrir cette collusion de Fo et du Crocodile, alors qu'elle exige préalablement de discerner entre les deux principes du mal dans l'évolution. Qu'est-ce qui a pu lui inspirer de faire dire au Crocodile :

« Ma première excursion fut à la Chine. Je sus qu'un grand génie avait communiqué aux hommes de cette contrée de magnifiques connaissances. Je me proposai d'aller en recouvrir quelques portions... » (p. 65)

On ne peut que constater qu'il a su mettre en place avec une parfaite lucidité les relations entre Lucifer et Ahriman en dirigeant la première excursion du Crocodile vers la Chine pour qu'il en rapporte les idées qui lui servent ensuite comme une « monnaie d'échange », ainsi qu'il le dit, pour son truquage des Vérités et son troc des âmes.

Simone Rihouët-Coroze – Triades N1, Printemps 1962.

(1) Incarnation de Lucifer et d'Ahriman. Mss. privé.

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